AA - Ankara - Bilal Muftuoglu
Alors qu'une grande partie des membres de l'Union européenne (UE) et les Etats-Unis appellent à imposer davantage de sanctions contre la Russie pour son rôle dans le conflit en Ukraine, l'Allemagne se montre de plus en plus ''conciliatrice'', sur les dossiers qui pourraient pèser sur son économie.
La chancelière allemande Angela Merkel, ancienne partisane fervente des sanctions, a légèrement changé de ton dans ses dernières déclarations. ''L'UE souhaite travailler avec la Russie, et ne pas agir contre elle'', a-t-elle indiqué le 18 décembre.
Le ministre allemand des Affaires étrangères Frank-Walter Steinmeier s'est aussi montré hostile à plus de sanctions à l'encontre de la Russie. Dans son interview parue dimanche dans le magazine Der Spiegel, Steinmeier a dit: ''Ceux qui souhaitent mettre la Russie à genoux économiquement pour assurer davantage la sécurité en Europe, ont tort. Je ne peux que les avertir''.
Il est impossible d'assurer la sécurité en Europe sans le soutien de la Russie, et vice-versa, selon Steinmeier.
A cette discorde s'ajoutent les remarques des hommes d'affaires allemands. ''Les turbulences à court terme ne devront pas affecter notre relation avec le pays'', avait affirmé le Président-Directeur général (PDG) de Siemens Joe Kaeser en mars à l'issue d'une rencontre avec le président russe Vladimir Poutine à Moscou.
Siemens subit une baisse de l'ordre de 30% des commandes de ses produits par la Russie et a récemment abandonné le projet de construire les trains pour le réseau métro de Moscou.
Le PDG de Deutsche Post a partagé le même avis que Kaeser: ''Comme nous n'avons aucune source de matière première en Europe, nous dépendrons toujours des autres. Cela me paraît contestable si la dépendance sur le Moyen-Orient ou le Venezuela serait meilleure que celle sur la Russie''.
La raison derrière ce ton conciliateur en Allemagne est liée au coût que représentent les sanctions pour l'économie du pays. Un bon exemple est l'annulation d'un accord entre le géant allemand de la chimie BASF et le Gazprom russe d'une valeur de 14,6 milliards de dollars.
D'autre part, les ingénieurs allemands en mécanique gagnent près de 10 milliards de dollars par an, en Russie. Les exportations annuelles des produits de l'industrie chimique allemande s'élèvent par ailleurs à 5 milliards de dollars.
Les constructeurs automobile allemands vendent de leur côté environ 130 000 voitures par an en Russie.
Pourtant, la BMW a récemment annoncé qu'elle risque de suspendre les livraisons vers Moscou.
''Les exportations allemandes vers la Russie ont chuté de 17% entre janvier et septembre cette année, a fait savoir le chef de l'Association de l'industrie allemande Ost-Auschuss Eckhard Cordes. Nous sommes par conséquent dubitatifs quant à la valeur de la politique des sanctions''.