Le désespoir alimente la chasse aux soins de santé aux États-Unis
- Une clinique mobile de fortune fournit des soins de santé à des personnes ne bénéficiant pas d’assurance, mais la bataille reste difficile dans le pays le plus riche du monde
Hatem Kattou
29 Décembre 2017•Mise à jour: 29 Décembre 2017
WashingtonPar Michael Hernandez
AA / Charleston (Etats-Unis)
Chiquita Followay n'a aucune raison d'être heureuse. Certains diraient même qu'elle a toutes les raisons d'être carrément furieuse.
Mais bien au contraire, elle est soulagée et presque joyeuse après avoir reçu samedi matin un billet d'entrée tant convoité, à une clinique médicale à distance (RAM).
Followay s'est fait extraire 3 dents et a reçu deux injections de cortisone dans ses genoux arthritiques.
Elle envisage de se faire extraire quatre autres dents dimanche si elle arrive à convaincre sa jeune sœur de rester à Charleston un jour de plus.
Pour la première fois depuis l'âge de 16 ans, l'infirmière à la retraite, âgée de 62 ans, n'a pas de voiture en état de marche, ce qui l'oblige à dépendre de sa famille pour la conduire à 100 kilomètres de Kenova à la capitale de l'Etat.
"S'il n'y avait pas ces cliniques, beaucoup de ces gens n'auraient pas de soins de santé, n'auraient pas de lunettes, n'auraient pas de soins dentaires", a déclaré Followay dont le pull blanc était parsemé des tâches de sang de son opération dentaire.
Followay était l'une des plus de 500 patients qui sont allés à Charleston dans l'espoir de recevoir des soins médicaux gratuits auxquels ils n'auraient pas accès autrement.
Presque tous les patients interrogés par Anadolu ont passé la nuit de givre dans leurs voitures, certains sont arrivés dès vendredi après-midi dans l'espoir d'obtenir une place dans la clinique médicale de deux jours qui semble à première vue ne pas être à sa place aux États-Unis.
Les cliniques RAM ressemblent le plus aux opérations dans les camps de réfugiés et dans les communautés isolées à l'étranger qu’à des services auxquels les Américains dans les grandes villes sont obligés de s'y précipiter pour recevoir des soins de santé.
En fait, les soins médicaux à but non lucratif étaient à l'origine envisagés comme un service pour les communautés éloignées des pays en cours de développement, et non pour les principales zones de population dans le pays le plus riche du monde.
Cela a changé en 1985 lorsque le fondateur de RAM a été invité à aider une petite communauté dans les régions rurales du Tennessee.
Après avoir aménagé, près de 900 cliniques réparties dans plusieurs villes des États-Unis, Stan Brock a déclaré que les millions d'Américains qu'il a aidés "n'ont tout simplement pas les moyens pour se permettre d'aller chez le dentiste, et qu'ils n'ont tout simplement pas les moyens pour se permettre encore d'aller chez l'ophtalmologiste pour obtenir une paire de lunettes afin qu'ils puissent travailler. "C'est un énorme problème", dit-il.
Les hôpitaux de fortune remplissent un vide majeur dans le système de santé américain.
À la clinique, samedi et dimanche, RAM a effectué 88 extractions dentaires, distribué 274 paires de lunettes et fourni 232 autres services médicaux à ceux qui en avaient besoin.
En tout, RAM a déclaré que ses services pour le week-end étaient évalués à 221 mille dollars.
Presque toutes les 400 personnes ou plus qui travaillaient à Charleston qui est l'une des plus petites activités de RAM, étaient des bénévoles. S'ils avaient été payés, ils auraient été rémunérés à 197 mille dollars.
Les cliniques et les services similaires sont indispensables pour ceux qui n'ont aucune assurance-maladie, ou ceux qui n'ont ni assurance dentaire ni ophtalmologique.
Après l’adoption de l'Affordable Care Act de l'ancien président Barack Obama, communément appelé «Obamacare», le taux des personnes non-assurées a chuté de 17% à 11% en 2016, mais des millions restent non couverts par l'assurance.
Selon la Kaiser Family Foundation, plus de 28 millions de personnes n'ont pas été couvertes en 2016.
De nombreuses personnes à la clinique de Charleston étaient des familles à faible revenu, reflétant ainsi la démographie de ceux qui continuent à manquer de couverture malgré l’Obamacare de sorte que les individus achètent de l'assurance.
Virginia Brooks a parcouru 400 milles (643 kilomètres) de Lagrange, en Caroline du Nord, avec son fils adulte et sa nièce ayant des besoins spéciaux, pour arriver vendredi.
«Je n'ai pas d'assurance pour obtenir ce dont j'ai besoin et j'ai découvert aujourd'hui que mon fils souffrait d'hypertension artérielle, ce que nous ne savions pas», a-t-elle dit.
«Je n'ai pas l'assurance pour obtenir ce dont j'ai besoin et j'ai découvert aujourd'hui que mon fils souffrait d'une pression artérielle extrêmement élevée, ce que nous ne savions pas», a-t-elle dit.
Elle et sa nièce ont reçu des paires de nouvelles lunettes, et son fils a subi une chirurgie d'extraction de dents.
Comme Followay, le fils de Brooks est revenu dimanche pour extraire des dents supplémentaires, mais il fait face à des problèmes à long terme liés à l'hypertension.
Juste une semaine après que le président Donald Trump a supprimé les subventions gouvernementales afin d'aider les Américains à faible revenu à payer pour l'assurance maladie, Brooks a doublé son soutien au président populiste.
"Je crois en Donald Trump. Il va à nouveau rendre l'Amérique géniale », a-t-elle dit, tout en faisant écho à son slogan de campagne, alors qu'elle exprimait une forte opposition aux propositions visant à faire passer les États-Unis à un régime de santé universel à payeur unique.
"Regardez le Canada. La liste d'attente au Canada pour aller chez le médecin pour une chirurgie bariatrique pour les personnes obèses peut prendre des années », a-t-elle dit.
"Laissez les gens acheter leur propre assurance comme c'était le cas auparavant. Le gouvernement n'a pas besoin de contrôler notre assurance", a-t-elle soulevé.
Ses opinions étaient dans la grande minorité à Charleston. Des douzaines de patients interrogés par l'Agence Anadolu s'ils sont en faveur des soins de santé universels financés par le gouvernement, Brooks a été la seule à rejeter la proposition.
Pourtant, tout le monde est d'accord sur le fait que quelque chose doit changer, même s'ils contestaient ce qui devrait être fait.
Parmi les 11 pays à revenu élevé, la fondation privée du Commonwealth Fund classe le système de soins de santé américain comme étant le moins performant et l'Organisation mondiale de santé (OMS) place l'Amérique au 37e rang entre tous les pays pour l'efficacité des soins de santé, derrière le sultanat d’Oman, Malte, la Dominique, le Costa Rica, l'Andorre et même la Grèce.
Ce rang inférieur par rapport aux vastes ressources américaines "montre que nous sommes inefficaces avec nos dollars", a déclaré le Dr Randy Swain, qui pratique la médecine dans la région de Charleston et qui est venu à la clinique du week-end pour donner un coup de main.
"Malheureusement, l'argent des soins de santé n'est pas dépensé à bon escient - pas dans la prévention et la vaccination de masse, ou dans des trucs pareils.
C'est de l'argent qui va où il ne devrait peut-être pas aller ", a t-il dit en signalant les compagnies pharmaceutiques qui pratiquent la surfacturation de leurs produits et qui gonflent les salaires des cadres des compagnies d'assurance.
Les Républicains ont mené des efforts pour «abroger et remplacer» la Loi sur les soins abordables, mais le Bureau budgétaire du Congrès (CBO) étant impartial a évalué chacune de ces propositions pour y contribuer, plutôt que de réduire le nombre des non assurés jusqu'à 24 millions dans la prochaine décennie.
Un récent effort bipartisan permettrait simplement de garder le même nombre de non assurés, selon le CBO.
Au cœur de tout mouvement de réforme, il faut que les politiciens réalisent les effets de leurs politiques sur les Américains, a déclaré Brock, le fondateur de la RAM.
"Les hauts responsables du gouvernement doivent venir voir des activités de ce genre", a-t-il déclaré, attendant le moment où on n'aura pas besoin des services de RAM.
"Je rêve du jour où je pourrai concentrer mes unités dans des endroits comme l'Afrique subsaharienne, le Yémen et le Soudan du Sud, et ne pas le faire ici dans le pays le plus riche du monde", a-t-il conclu.
Il y a un long chemin à parcourir avant que ce jour n'arrive. RAM a six autres cliniques prévues dans le pays avant la fin de l'année.