AA/Monrovia (Libéria)/ Evelyn T. Kpadeh
Une campagne de vaccination annuelle à l’intention des enfants libériens a été marquée par un taux de participation très faible que beaucoup d'observateurs attribuent aux fortes craintes des parents de voir leurs enfants utilisés pour le vaccin expérimental contre le virus Ebola.
«Les parents cachent leurs enfants à nos équipes de vaccination » a confié, à l’Agence Anadolu (AA), la directrice de l’équipe de vaccination d’un hôpital de la capitale Monrovia, Beatrice Boikai,
Son établissement de santé, le Duport Road Health Center, espérait vacciner 41 000 enfants à Paynesville, plus grande banlieue de Monrovia, mais n’a réussi à atteindre que 392 d’entre eux.
Chaque année entre décembre et février, le ministère de la Santé parraine une campagne pour immuniser les enfants de moins de cinq ans contre la rougeole, la polio, la pneumonie hypostatique et la tuberculose.
Boika attribue la réticence des parents aux essais volontaires, encore en cours, d'un vaccin expérimental contre le virus Ebola.
«Nous avons passé des journées entières à expliquer aux habitants des différentes communautés que le vaccin n’avait rien à voir avec Ebola, mais ils pensent que nous mentons» a déploré la directrice médicale.
Dans certaines communautés, plus de 4000 habitants ont été visités, mais aucun n’a accepté de laisser son enfant se faire vacciner.
«La campagne de vaccination intervient au moment même où des essais de vaccin expérimental contre Ebola sont menés, rendant notre travail encore plus difficile » admet Boika.
En février, le Libéria a lancé des essais de vaccin contre Ebola sur des patients volontaires. Les expérimentations devraient viser au moins 6000 volontaires et être menées dans une unité secrète de l’Hôpital Redemption de Monrovia.
L’épidémie du virus Ebola - apparue pour la première fois au Soudan et en République démocratique du Congo, en 1976 - a tué, depuis février dernier, au moins 9177 personnes en Afrique de l’Ouest, particulièrement en Guinée, au Sierra Leone, et au Libéria, d’après un bilan de l’OMS arrêté au 11 février.
Dans le seul Libéria, le virus a fait 3826 morts.
Une mère de famille âgée de 50 ans, Esther Yelemei, insiste sur le fait qu’aucun de ses six enfants - ou de ses cinq petits-enfants – ne se fera vacciné.
« Je n’accepterai pas. Ce vaccin qu’ils disent être pour nos enfants, ils pensent que nous ne savons pas que c’est le vaccin contre Ebola » s’est exclamé, indignée, la mère de famille libérienne.
«Lorsque je verrais les enfants et petits-enfants des responsables gouvernementaux vaccinés publiquement de la même manière, alors je ferais vacciner mes enfants » a-elle ajouté.
Abraham Gibson, jeune père de 28 ans, a, quant à lui, fait le serment de résister à tout travailleur de la santé qui tenterait d’administrer un vaccin à ses enfants.
« C’est dieu qui a protégé mes enfants durant cette période » a affirmé Gibson.
Le Centre de santé Agape a décidé de ne pas envoyer d’agents de la vaccination sur le terrain, mais plutôt d’administrer le vaccin dans ses installations en raison de la farouche résistance des parents et des membres des communautés.
«Ils ont insulté mon équipe et certains nous ont même accusé d’être payés pour inoculer le vaccin contre Ebola à leurs enfants » a rapporté, à l’Agence Anadolu (AA), une directrice d’équipe de vaccination d’Agape, Evangeline Tequah.
Si Tequah explique le très faible taux de participation par la terreur des parents, elle déplore également un manque sensibilisation de la population.
«Je ne vais pas mentir, le gouvernement n’a pas fait assez pour sensibiliser et informer la population sur le vaccin [expérimental] contre Ebola. C’est pour cela qu’il est difficile pour nous de convaincre les parents» avoue Tequah.
Le ministère de la Santé et de la Protection sociale a lui-même admis le lien entre le faible nombre d’enfants vaccinés et les essais de vaccin contre l’Ebola.
«La manière avec laquelle la population perçoit l’information est notre principal défi» a admis, à Anadolu, le ministre adjoint chargé du programme de vaccination, Adolphus Clarke.
Le haut responsable sanitaire a également révélé que cette tendance n’était pas confinée au Comté de Montserrado - qui inclue la capitale Monrovia -, mais également d’autres régions du pays.
Clarke a précisé que le ministère n’avait atteint que 20% de son objectif de vaccination infantile pour le moment, tout en assurant qu’une autre campagne sera, par la suite, lancée.