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Le scénario de la présidentielle togolaise de 2005 encore gravé dans les mémoires anime le Haut-commissariat à la réconciliation et au renforcement de l’unité nationale (HCRRUN) qui oeuvre à baliser le chemin devant des élections apaisées en avril prochain, assure André Kangni Afanou, directeur du collectif des Associations de lutte contre l’impunité au Togo (CACIT), interviewé par Anadolu.
Lors du scrutin d'il y a dix ans, de nombreux incidents avaient été dénoncés par l'opposition -notamment "des vols d'urnes par l'armée"- à la suite du dépouillement qui avait donné Faure Gnassingbé vainqueur.
Des violences avaient alors éclaté durant plusieurs jours, surtout dans la capitale. D’après un rapport de la Ligue togolaise des droits de l’Homme (LTDH) qui dénonce les "crimes perpétrés par les putschistes contre le peuple togolais", au total "5 319 victimes ont été enregistrées à la suite de la répression organisée par le gouvernement".
Le HCRRUN qui a effectué du 23 au 30 mars une tournée dans les cinq régions du Togo pour sensibiliser la population sur son mandat et sa mission, a aussi pour rôle de mettre en œuvre les recommandations élaborées par la Commission vérité, justice et réconciliation (CVJR), dans l'objectif de favoriser le pardon et la réconciliation nationale et préparer au mieux les élections du 25 avril prochain.
«Le HCRRUN doit être un instrument qui facilite le dialogue au niveau de la société togolaise, à un moment où plusieurs Togolais craignent que les élections prochaines ne soient à nouveau violentes», souligne André Kangni Afanou, directeur exécutif du CACI, rappelant que «le Togo a engagé un processus de Justice transitionnelle depuis les violences politiques datant de 2005.»
«Nous essayons, depuis, de garantir une assistance juridique et judiciaire aux victimes, mais la justice n’est toujours pas effective, on ne connait pas toute la vérité sur les évènements de 2005, et à d’autres niveaux, on n'a pas de garantie contre la récidive au Togo. Voilà pourquoi nous craignons le regain des violences», a-t-il pécisé.
Contacté par Anadolu, Me Hamadou Yaccoubou, ministre des Droits de l'homme et de la Consolidation de la démocratie chargé de la mise en oeuvre des recommandations de la CVJR a rétorqué: "Je ne comprend pas ce qu'ils veulent dire par absence de garantie de non répétition des faits, nous avons créé la CVJR et le CACIT dans cette perspective et la CVJR a recommandé que les investigations se poursuivent. Cependant dans aucun pays la vérité n'a été établie à 100% et il faut savoir que la vérité est relative et que chacun a sa vérité. Quand ils disent qu'ils n'ont pas eu la vérité, il parlent de leur vérité à eux ou de celle des Togolais?".
Mais André Kangni Afanou fait état d'un changement radical de la situation politique du pays et explique: «En 2010, il n’y avait pas la crise de confiance qu’on voit aujourd’hui entre le pouvoir et l'opposition. Il n’y avait pas trop de suspicion par rapport à la crédibilité du processus électoral. Or, de 2010 à 2015, la situation a empiré»
Il conclut que si le président Gnassingbé, au pouvoir depuis 10 ans, "y reste, le pays virerait vers la violence".
« Aujourd’hui, nous nous réjouissons de savoir que le HCRRUN est désormais opérationnel. Nous attendons maintenant qu'il passe de la théorie à la pratique(...) pour répondre aux aspirations des Togolais et des victimes des violences. Le HCRRUN devra assurer pleinement son rôle, pour être l’instrument vers lequel les Togolais se tournent naturellement, en cas de tensions au sein de la société», insiste le directeur.
Le HCRRUN devrait, de ce fait, réunir au tour de la même table, pouvoir et opposition qui n’arrivent pas à dialoguer, estime-t-il.
Depuis plusieurs mois, la société civile et une large frange de l’opposition, conditionnaient leur participation aux élections à la mise en oeuvre de réformes constitutionnelles, institutionnelles et électorales. Celles-ci devront concerner notamment la limitation des mandats présidentiels et par conséquent la non validation de la candidature de Gnassingbé désigné candidat à la présidentielle le 26 février, par le parti au pouvoir l’Union pour la République (UNIR).
Les deux parties ont également menacé à plusieurs reprises de "désobéissance civile" arguant que le fichier électoral actuel n'est pas "fiable" et qu'il "comporte des milliers de doublons", pouvant jouer en faveur de Gnassingbé, candidat à sa propre succession.
Face à la crispation de la situation, le gouvernement a accepté de reporter de dix jours le scrutin - initalement prévu le 15 avril - pour assurer les derniers réglages techniques nécessaires au parachèvement du processus électoral. Ce report est dû à l'initiative d'une délégation de la Communauté économique des Etats de l'Afrique de l'ouest "Cedeao" qui s'est récemmentrendue au Togo, avec à sa tête, le président ghanéen, John Dramani Mahama.